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L'invisible - Architecture défensive à Montréal (2)

En me promenant dans le centre-ville de Montréal à la recherche d'architecture défensive, je me rends compte qu'il ne me suffit pas de savoir ce qui est là, devant moi, de faire l'inventaire des bancs inconfortables, et des rectangles de métal anti-skaters. L'histoire d'un lieu, invisible, nous informe sur ses habitants, et comment des décisions en urbanisme peut les exclure.

Parfois il ne s'agit pas d'ajouter de l'architecture défensive, mais plutôt d'enlever de l'architecture inclusive. Parfois, un parc peut être inclusif pour un type de population et exclusif pour l'autre. Un banc avec des appuis peut aider une personne avec une mobilité réduite à s'asseoir, mais par le même coup empêcher une personne itinérante de s'y coucher.


Banc avec appuis coin St-Dominique et René-Lévesque

Ces bancs (photographie ci-dessus), se trouvent à un coin de rue de la Place de la Paix, un endroit de choix pour les skaters, les itinérants, et d'autres personnes exclus socialement. Il y a un excellent documentaire sur ce parc, qui relate comment certaines décisions municipales depuis l'ère de Jean Drapeau (1954) ont amenés ces gens à se réunir à ce lieu parce qu'exclus ailleurs.

En 2005, l'administration municipale a enlevé les bancs qui s'y trouvaient, et comme au parc Émilie-Gamelin et au Square Cabot, ont augmentées les activités pour inviter d'autre types de populations à s'installer dans le parc. Voilà le contexte qui me porte à penser que ces bancs avec appuis ont été installés pas loin de la Place avec l'idée d'empêcher les itinérants d'y dormir. Ça me fait penser à un jeu de chaise musicale, où on enlève la chaise sous ces gens, ils migrent vers d'autre endroits, et on leur enlève la chaise là-bas aussi.

Place de la Paix

Par contre, les skaters ont gagné leur combat à ce parc, idéal pour eux à cause du mobilier urbain aux rebords bas. Il était autrefois illégal de faire du skate dans ce parc, mais les autorités municipales ont permis cette activité dans la Place de la Paix, en autant que c'est durant le jour.


Place de la Paix

Quelqu'un se promenant sur la Place de la Paix, sans connaître le contexte, ne saura pas qu'il y avait des bancs avant. Il ne connaîtra pas les conséquences d'une dispersion des indésirables du centre-ville, ce sont des tendances dont les conséquences sont difficiles à mesurer.

©2023 par Guillaume Loslier-Pinard